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23 janvier 2026

Restaurer les forêts et les habitats : comment BESTLIFE2030 reconnecte les écosystèmes dans les territoires d’outre-mer européens

© Abassi Dimassi

Partout dans le monde, les écosystèmes subissent une pression croissante. Le changement climatique s’accélère et jusqu’à un million d’espèces sont actuellement menacées d’extinction (IPBES, 2019). Les activités humaines ont déjà transformé plus de 75 % des écosystèmes terrestres, tandis que les zones encore intactes deviennent de plus en plus isolées (Ellis et al., 2010 ; Venter et al., 2016 ; Watson et al., 2018).

Ces tendances mondiales sont particulièrement marquées dans les régions ultrapériphériques de l’Union européenne et les pays et territoires d’outre-mer (PTOM). Caractérisés par des niveaux élevés d’endémisme, une superficie limitée et de fortes pressions humaines, ces territoires sont particulièrement vulnérables à la déforestation, à la dégradation et à la fragmentation des habitats.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le programme BESTLIFE2030. Mis en œuvre dans le cadre du programme LIFE de l’Union européenne, BESTLIFE2030 soutient des projets de conservation portés par des acteurs locaux dans les RUP et les PTOM, afin de lutter contre la perte de biodiversité là où elle est la plus prononcée et où les ressources sont souvent insuffisantes. L’un des axes centraux du programme est la restauration des écosystèmes, envisagée non pas comme une série d’interventions isolées, mais comme un moyen de rétablir la connectivité écologique entre les paysages terrestres, d’eau douce et marins.

Fragmentation : quand les habitats perdent leurs connexions

La déforestation et la perte d’habitats ne sont plus seulement une question de superficie naturelle restante, mais aussi de connexion entre les milieux. Dans les systèmes terrestres, d’eau douce et côtiers, les paysages sont de plus en plus fragmentés en unités plus petites et plus isolées. Ces transformations limitent les déplacements des espèces et perturbent les processus écologiques qui sous-tendent le fonctionnement des écosystèmes.

Les données scientifiques montrent que la connectivité écologique – définie comme le mouvement sans entrave des espèces et le flux des processus naturels – est essentielle au fonctionnement des écosystèmes et au maintien de la biodiversité, en particulier dans les paysages fragmentés (CMS, 2020 ; Hilty et al., 2020). En l’absence de connectivité, les populations s’isolent, les échanges génétiques diminuent et les espèces deviennent moins capables de s’adapter aux changements environnementaux, notamment au changement climatique (Hilty et al., 2020).

Les îles et les régions ultrapériphériques illustrent clairement ce défi. Même de petites ruptures dans la continuité des habitats peuvent avoir des impacts disproportionnés sur la survie des espèces. Comme le soulignent les Lignes directrices pour la conservation de la connectivité par le biais de réseaux et de corridors écologiques, les aires protégées seules sont souvent insuffisantes dans de tels contextes ; des mesures actives sont nécessaires pour maintenir, restaurer ou renforcer les connexions entre les habitats (Hilty et al., 2020 ; UICN WCPA, 2019).

BESTLIFE2030 répond à ce besoin en soutenant des projets qui restaurent la connectivité là où la fragmentation se manifeste, tout en renforçant les capacités locales nécessaires pour inscrire ces efforts dans la durée.

Travailler à petite échelle, avec des attentes réalistes

Si la connectivité écologique offre un cadre scientifique solide pour l’action en faveur de la biodiversité, les interventions soutenues par BESTLIFE2030 sont fortement dépendantes du contexte, souvent mises en œuvre à petite échelle et dans des environnements très contraints. Dans de nombreuses régions ultrapériphériques et PTOM, la restauration s’opère dans des paysages déjà fortement modifiés, où l’espace est limité et les pressions persistantes. Les résultats présentés dans cet article doivent donc être compris comme des résultats attendus, et non comme des aboutissements garantis.

Plusieurs projets BESTLIFE2030 adoptent des approches pilotes ou expérimentales, testant des méthodes de restauration, les réponses des espèces et des modèles de gouvernance en conditions réelles. Cette démarche s’inscrit dans les meilleures pratiques en matière de conservation de la connectivité, qui reconnaissent que la restauration des réseaux écologiques est un processus de long terme, reposant sur la gestion adaptative, le suivi et l’apprentissage (Hilty et al., 2020). Même des interventions modestes – telles que la restauration d’un corridor riverain, la reconstitution de parcelles de mangrove ou la reconnexion d’habitats après une perturbation – peuvent générer des gains progressifs et produire des connaissances utiles pour des actions futures à plus grande échelle.

Reconnecter les paysages grâce aux rivières : la rivière Bouyouni, à Mayotte

Les forêts riveraines comptent parmi les connecteurs naturels les plus efficaces, fonctionnant comme des corridors écologiques linéaires qui relient les écosystèmes des hautes terres et des côtes (Hilty et al., 2020). À Mayotte, la dégradation de la végétation riveraine le long de la rivière Bouyouni a affaibli la qualité de l’eau, la stabilité des berges et la continuité écologique entre les forêts intérieures et le lagon.

Le projet de restauration écologique des ripisylves de la rivière Bouyouni travaille avec les autorités locales et les parties prenantes pour replanter des espèces indigènes le long des berges et restaurer la structure de la forêt riveraine. Au-delà des avantages écologiques, le projet répond également aux préoccupations liées aux ressources en eau potable et à la résilience à long terme des bassins versants, illustrant ainsi comment la restauration de la connectivité peut profiter à la fois à la biodiversité et aux communautés locales.

Les mangroves, interfaces vivantes : Port Cohé, Martinique

La connectivité ne s’arrête pas au littoral. Les mangroves constituent des liens essentiels entre les écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins, et leur fragmentation perturbe les flux écologiques qui soutiennent la biodiversité et les services écosystémiques (Hilty et al., 2020).

À Port Cohé, en Martinique, la déforestation, le développement informel et la pollution ont fragmenté les habitats des mangroves. Le projet Reconquête et résilience de la mangrove de Port Cohé soutient la régénération naturelle et la restauration active par la culture d’espèces indigènes, la replantation et la surveillance à long terme. Les résidents locaux, les écoles et les acteurs municipaux sont impliqués tout au long du processus, renforçant ainsi la gestion et la protection à long terme de cet écosystème.

Cette approche centrée sur les personnes reflète l’importance accordée par BESTLIFE2030 à la co-construction avec les communautés locales, reconnaissant que la connectivité écologique et l’engagement social sont étroitement liés.

Connectivité à l’échelle des espèces : conservation du jaguar en Guyane française

Certaines espèces dépendent d’une connectivité à des échelles spatiales beaucoup plus grandes. Le jaguar, par exemple, a besoin de vastes paysages forestiers connectés pour maintenir des populations viables.

Le projet CoJaG – Coexister avec le jaguar en Guyane montre comment la fragmentation de l’habitat augmente les conflits entre les humains et la faune sauvage et menace la survie des espèces. En travaillant avec les communautés locales, les chasseurs et les utilisateurs des terres, le projet favorise la coexistence tout en renforçant la connectivité forestière. Cette approche s’aligne sur la science de la connectivité, qui souligne que les actions de conservation doivent correspondre aux besoins écologiques des espèces (Hilty et al., 2020).

Jeter les bases de la restauration : LAPWENT LOKAL, Guadeloupe

La restauration de la connectivité écologique dépend également des capacités pratiques. La production de plantes indigènes est un élément fondamental d’une restauration efficace, en particulier dans le contexte insulaire.

LAPWENT LOKAL la pépinière des Caraïbes, produit des espèces végétales indigènes adaptées aux conditions locales. Ces plantes alimentent les projets de restauration à travers la Guadeloupe, permettant la réhabilitation de parcelles forestières dégradées et de corridors écologiques. En soutenant l’expertise et l’emploi locaux, le projet renforce à la fois la résilience écologique et sociale.

Restaurer la connectivité après une perturbation : Maïdo, La Réunion

La connectivité peut être soudainement perdue à la suite de perturbations telles que des incendies de forêt. À La Réunion, les incendies ont fragmenté les habitats forestiers, augmentant le risque d’expansion des espèces envahissantes.

Le projet pilote EXPRIM – Projet pilote de régénération écologique post-incendie à Maïdo, mené par le Conservatoire national botanique de Mascarin, se concentre sur la restauration de la végétation indigène après les incendies. En soutenant la régénération et en surveillant la reprise, le projet contribue à rétablir la connectivité écologique et empêche les zones perturbées de devenir des obstacles à long terme au déplacement des espèces (Hilty et al., 2020).

Reconnecter les zones de transition : la rivière Vieux-Fort, Marie-Galante

Les zones de transition entre les écosystèmes sont souvent des points critiques pour la connectivité. À l’embouchure de la rivière Vieux-Fort à Saint-Louis de Marie-Galante, la dégradation de l’habitat a perturbé les liens entre les environnements forestiers et aquatiques.

Le projet Restauration de la continuité écologique de l’embouchure de la rivière de Vieux-Fort à Saint-Louis de Marie-Galante rétablit la végétation indigène et les fonctions écologiques à cette interface. En reconnectant les habitats forestiers et fluviaux, le projet favorise le déplacement des espèces et renforce les réseaux écologiques à l’échelle du paysage, conformément aux recommandations de bonnes pratiques de l’UICN (Hilty et al., 2020).

BESTLIFE2030 : restaurer la connectivité là où elle est la plus déterminante

Pris ensemble, ces projets illustrent la manière dont BESTLIFE2030 répond aux enjeux de déforestation et de perte d’habitats par une restauration des écosystèmes axée sur la connectivité, adaptée aux réalités spécifiques des territoires d’outre-mer et ultrapériphériques européens.

En soutenant les acteurs locaux, en renforçant les capacités techniques et en intégrant la restauration au cœur des dynamiques territoriales, BESTLIFE2030 va au-delà des approches conventionnelles de conservation. Le programme contribue à reconstruire des réseaux écologiques fonctionnels tout en veillant à ce que les populations vivant au plus près de ces écosystèmes soient pleinement associées à leur protection.

Dans des territoires où la fragmentation constitue une menace immédiate pour la biodiversité, restaurer la connectivité n’est pas une option. Grâce à BESTLIFE2030, elle devient une réponse concrète, ancrée localement, à un défi mondial.

Référence clé

Hilty, J., Worboys, G.L., Keeley, A., Woodley, S., Lausche, B., Locke, H., Carr, M., Pulsford I., Pittock, J., White, J.W., Theobald, D.M., Levine, J., Reuling, M., Watson, J.E.M., Ament, R., et Tabor, G.M. (2020). Lignes directrices pour la conservation de la connectivité par le biais de réseaux et de corridors écologiques. Lignes directrices des meilleures pratiques pour les aires protégées No 30. Gland, Suisse : UICN.

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